Octobre, mois de la sensibilisation aux troubles d'apprentissage : dépister tôt pour mieux accompagner
1 octobre 2026
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Octobre est le mois de la sensibilisation aux troubles d'apprentissage. Dans chacune de nos classes, au moins un élève traite probablement l'information autrement, et sa réussite dépend en grande partie de notre capacité à le reconnaître tôt. En immersion et en milieu francophone minoritaire, une question revient souvent : est-ce la langue, ou est-ce autre chose? Voici quelques repères pour y voir plus clair.
Quelques chiffres
Selon l'Enquête canadienne sur l'incapacité de 2022, 9,2 % des jeunes Canadiens de 15 à 24 ans déclarent une incapacité liée à l'apprentissage, le taux le plus élevé de tous les groupes d'âge. Près d'un sur quatre (24 %) étudie à temps partiel, souvent en raison de son état. Les adaptations restent limitées : seulement 27 % ont obtenu du temps supplémentaire aux examens et 13 % un appareil muni de logiciels spécialisés.
Des données canadiennes plus anciennes, relayées par l'AFPED, vont dans le même sens : les élèves ayant un TA décrocheraient deux fois plus souvent que leurs pairs.
Qu'est-ce qu'un trouble d'apprentissage?
Un trouble d'apprentissage est une condition neurologique permanente qui modifie la façon dont une personne acquiert et traite l'information. Selon la CENTAM, il ne s'explique ni par une déficience intellectuelle, ni par un déficit visuel ou auditif, ni par un manque de motivation ou d'encadrement. L'Institut des troubles d'apprentissage en distingue trois :
- la dyslexie (lecture),
- la dysorthographie (écriture)
- la dyscalculie (mathématiques)
Ils toucheraient de 3 à 10 % des jeunes de moins de 18 ans.
La nuance clé : une difficulté d'apprentissage est temporaire et liée au contexte (deuil, anxiété, déménagement); elle se résorbe avec un bon soutien. Un trouble persiste malgré ce soutien. Seul un psychologue ou un neuropsychologue peut poser le diagnostic, mais c'est souvent l'enseignant qui remarque le premier qu'un élève ne progresse pas comme prévu.
Dépister tôt : le coût de l'attente
Un trouble non identifié ne disparaît pas; ses effets s'accumulent. L'élève qui décode mal en 2e année lit moins, acquiert moins de vocabulaire et peine ensuite dans toutes les matières. À force d'efforts sans résultats, plusieurs concluent qu'ils ne sont « pas bons » : l'estime de soi s'érode, l'anxiété s'installe, et des comportements d'évitement masquent parfois le problème d'origine. La fenêtre idéale pour intervenir se situe entre la maternelle et la 2e année.
En langue additionnelle, le risque d'attendre est plus grand. On attribue trop vite les difficultés à la langue (« il a juste besoin de temps »), puis on suggère parfois un transfert au programme anglais, sans que le trouble ait été identifié. Or, la recherche est rassurante : une étude menée dans une école d'immersion du Manitoba, publiée dans la Revue canadienne de linguistique appliquée en 2024, montre qu'une intervention précoce en conscience phonologique produit des gains significatifs, et que ces habiletés en anglais prédisent la lecture en français en 1re année. On peut donc dépister dès la maternelle. Un élève qui stagne malgré un enseignement explicite et ciblé envoie un signal à prendre au sérieux, peu importe la langue.
Les adaptations : un besoin, pas un privilège
Un élève ayant un trouble d'apprentissage a besoin d'adaptations pour montrer ce qu'il sait vraiment. Lui refuser du temps supplémentaire, un logiciel de lecture ou un outil d'aide à l'écriture, c'est comme demander à une personne qui porte des lunettes de les enlever pendant un examen de lecture. On n'évalue plus ses connaissances, on évalue son trouble. L'adaptation ne rend pas la tâche plus facile; elle la rend accessible. Et ce qui est essentiel pour certains est souvent utile pour tous.
Travailler avec les parents
Les parents sont nos premiers partenaires. Ils connaissent l'histoire de leur enfant, ses forces et ce qui se passe à la maison lors des devoirs. L'Institut TA rappelle que la collaboration entre l'école et la famille est un incontournable pour offrir une intervention concertée, et que les plans d'appui gagnent à être élaborés avec les parents, les enseignants et les autres professionnels, puis suivis régulièrement.
Quelques pistes concrètes :
- Partager tôt, avec des faits. Dès qu'une inquiétude apparaît, décrivez ce que vous observez et ce que vous avez déjà essayé, plutôt que d'avancer une étiquette.
- Écouter. Demandez aux parents ce qu'ils remarquent à la maison et s'il y a des antécédents de difficultés en lecture dans la famille.
- Rassurer sur l'apprentissage d’une langue additionnelle. Plusieurs parents anglophones se sentent impuissants parce qu'ils ne parlent pas français. Rappelez-leur que lire avec leur enfant dans leur langue, jouer avec les sons et les rimes et maintenir le plaisir de lire soutient aussi ses apprentissages en français.
- Clarifier qui fait quoi. Expliquez le rôle de chaque intervenant (enseignant, enseignant ressource, orthophoniste, psychologue) et les étapes à venir.
- Orienter vers des ressources fiables. L'Espace parent de l'Institut TA propose des articles et des capsules sur les défis d'apprentissage, les rôles des intervenants et les outils technologiques. IDA Ontario offre aussi des ressources pour la maison, en anglais et en français, dont plusieurs sur l'impact socio-affectif de la dyslexie.
Pour aller plus loin
- Alberta Éducation : la section Difficultés d'apprentissage propose des ressources de programmation et des gabarits de plans d'appui.
- IDA Ontario : l'International Dyslexia Association, section Ontario offre des webinaires et des formations en littératie structurée en français et en anglais, ainsi qu'une page sur l'immersion française.
- Institut TA : l'Espace prof regroupe articles, astuces et vidéos sur la dyslexie, la dysorthographie et la dyscalculie.
- AFPED et CENTAM : des ressources pédagogiques et vidéos et des fiches sur chaque trouble.
En conclusion
Un élève ayant un trouble d'apprentissage peut réussir, et réussir en français. Ce n'est pas la langue qui fait obstacle, c'est l'absence de dépistage et d'intervention. Ce mois-ci, prenez un moment pour repérer les élèves qui stagnent malgré votre enseignement, en parler avec l'équipe-école et les parents, et explorer une des ressources ci-dessus. Souvent, tout commence par l'œil attentif d'un enseignant.
Article écrit par Elyse Morin, Consultante pédagogique en français langue première et immersion, études sociales et mathématiques pour le Consortium provincial francophone
Références
- AFPED. Quelques statistiques. afped.ca
- Alberta Éducation. Apprenants divers : difficultés d'apprentissage. education.alberta.ca
- CENTAM. Troubles d'apprentissage : définition et types. centam.ca
- IDA Ontario. idaontario.com
- Institut des troubles d'apprentissage. Les troubles d'apprentissage; Mieux comprendre le rôle de chaque intervenant. institutta.com
- Revue canadienne de linguistique appliquée, vol. 27, n° 1 (2024). erudit.org
- Statistique Canada. Les Canadiens ayant des incapacités liées à l'apprentissage, au développement et à la mémoire, 2022. Le Quotidien, 8 octobre 2024. statcan.gc.ca
